Le voyage intérieur — Revenir à soi dans le processus de guérison


L’être humain a besoin de lien.
Les relations avec la famille et les amis, le sentiment d’avoir sa place au sein d’une communauté, le fait de se sentir compris et relié aux autres sont importants pour notre équilibre émotionnel et mental.
Mais dans la vie, il existe aussi des moments où, plutôt que de chercher constamment à aller vers l’extérieur et vers les autres, nous avons besoin de tourner notre attention vers l’intérieur.
Prendre un peu de distance avec le monde extérieur pour écouter ce que nous ressentons vraiment, ce que nous désirons profondément et ce que nous avons peut-être besoin de laisser partir.
C’est ce que j’appelle le voyage intérieur.
S’il existe un voyage vers l’extérieur, à travers lequel nous nous découvrons dans nos relations, dans la société et dans nos expériences, il existe aussi un voyage intérieur : un chemin qui nous amène plus profondément en nous-mêmes, à rencontrer ce qui s’y trouve et, peu à peu, à nous retrouver.
Nous avons besoin des deux.
Et particulièrement dans les périodes de perte, de transition ou de guérison, ce voyage intérieur peut parfois devenir nécessaire.
La perte fait partie de l’expérience humaine
À différentes étapes de notre vie, nous pouvons ressentir de la solitude, de la mélancolie, un sentiment de déconnexion ou l’impression de ne plus être aussi enracinés qu’auparavant.
Parfois, la raison est évidente.
La mort d’un être cher. La perte d’un parent. Un divorce ou une séparation. Le départ des enfants du foyer. La perte d’un animal aimé. Un déménagement. Un changement professionnel. La maladie. Le vieillissement.
Ou simplement la fin d’un chapitre de notre vie.
À d’autres moments, il peut être difficile de comprendre exactement pourquoi nous nous sentons ainsi.
Ces émotions peuvent même apparaître avec les changements de saison.
L’automne, par exemple.
La chaleur s’éloigne progressivement, les journées raccourcissent, les feuilles changent de couleur avant de tomber.
Dans la nature, la perte et le changement sont partout.
Et le chagrin n’est pas nécessairement quelque chose de pathologique.
C’est aussi parce que nous sommes capables d’aimer et de nous attacher à des personnes, des lieux, des expériences et certaines périodes de notre vie que nous ressentons de la peine lorsque nous les perdons.
Rien ne reste éternellement exactement tel qu’il est.
Notre propre vie en est peut-être l’exemple le plus évident.
Avec l’âge, notre corps change. Notre vitalité évolue. Certaines choses qui étaient autrefois faciles peuvent devenir plus difficiles. La maladie peut également entrer dans notre vie.
Et finalement, sans exception, toute vie humaine arrive un jour à son terme.
Bien sûr, nous souhaitons généralement rester forts, en bonne santé et actifs aussi longtemps que possible.
Nous pouvons faire beaucoup pour prendre soin de nous tout au long de la vie.
Bien nous nourrir. Bouger. Respirer de l’air frais. Nous reposer suffisamment. Éviter les excès autant que possible. Trouver un équilibre durable entre activité et récupération.
Mais prendre soin de la vie ne signifie pas empêcher le changement.
Et parfois, c’est précisément parce qu’une chose ne durera pas éternellement que nous commençons à en comprendre la valeur.
Lorsque quelque chose est sur le point de disparaître — ou a déjà disparu — nous pouvons soudain réaliser à quel point cela était précieux.
Et la perte elle-même peut parfois détourner notre attention du monde extérieur pour nous ramener vers ce qui se passe en nous.
Le chagrin, le lâcher-prise et le Métal
En médecine chinoise, l’automne appartient à l’élément Métal et est associé au Poumon et au Gros Intestin.
L’un des grands thèmes traditionnellement associés au Métal est celui du chagrin et du lâcher-prise.
Je trouve la symbolique du Métal particulièrement belle.
Le Métal peut évoquer les minéraux, les pierres précieuses, les lames, mais aussi ce qui a été raffiné et poli.
Il porte l’image de quelque chose que l’on dépouille progressivement de ce qui est superflu, jusqu’à ce qu’il ne reste que l’essentiel.
Comme si l’on découvrait quelque chose de précieux sous des couches de terre et d’impuretés.
Cela ne signifie pas qu’il faille traverser le chagrin rapidement.
Cela ne signifie pas non plus qu’il suffise de « laisser partir » les personnes ou les expériences qui ont profondément compté pour nous.
Le chagrin a besoin de son propre temps.
Du point de vue de la médecine chinoise, la relation entre les émotions et le corps n’est pas considérée comme allant dans un seul sens : ils sont compris comme pouvant s’influencer mutuellement.
Lorsqu’il existe déjà un déséquilibre dans les systèmes du Poumon et du Gros Intestin, les expériences liées au chagrin, à la perte ou au lâcher-prise peuvent parfois être plus difficiles à traverser.
Inversement, pendant une période de chagrin intense ou prolongé, certains signes associés à ces systèmes peuvent devenir plus perceptibles.
Cela ne signifie pas que le chagrin provoque directement une maladie du poumon ou du gros intestin.
Il s’agit plutôt de la manière dont la médecine chinoise envisage les états émotionnels et physiques : non pas comme deux domaines complètement séparés, mais comme étroitement liés.
Et peut-être pouvons-nous également comprendre le lâcher-prise de cette manière : non pas comme quelque chose qu’il faudrait forcer, mais comme un processus qui se déroule progressivement, à son propre rythme.
Parfois, nous devons peu à peu accepter que ce que nous avons perdu ne pourra pas revenir exactement sous la même forme.
Il peut s’agir d’une personne.
D’une relation.
De notre jeunesse.
D’une ancienne version de nous-mêmes, d’un lieu où nous avons vécu, d’une carrière ou de la vie que nous connaissions autrefois.
Lorsqu’une étape se termine, un espace commence progressivement à se créer pour ce qui viendra ensuite.
Et parfois, à travers ce processus de lâcher-prise, ce qui compte réellement pour nous devient plus clair qu’auparavant.
Le voyage vers l’extérieur et le voyage intérieur
En médecine chinoise, la vie est souvent comprise à travers la relation entre des mouvements qui peuvent sembler opposés, mais qui sont complémentaires.
L’activité et le repos.
L’expansion et le retour vers l’intérieur.
Le mouvement vers l’extérieur et le mouvement vers l’intérieur.
Le jour et la nuit.
Nous avons besoin des deux.
Il existe des périodes de notre vie où notre mouvement se dirige principalement vers l’extérieur.
Nous rencontrons des personnes, construisons des relations, travaillons, créons, poursuivons des objectifs et faisons l’expérience du monde.
À travers nos relations avec les autres, nous découvrons également de nouvelles facettes de nous-mêmes.
C’est, en quelque sorte, le voyage vers l’extérieur.
Mais il existe un autre voyage.
Le voyage intérieur.
Il s’agit de devenir suffisamment calme pour percevoir ce qui se passe réellement derrière tout ce que nous faisons.
Qu’est-ce que je ressens vraiment ?
Qu’est-ce qui fonctionne dans ma vie ?
Qu’est-ce qui ne me correspond plus ?
À quoi est-ce que je m’accroche simplement parce que cela m’est familier ?
Qu’est-ce que je désire réellement ?
Et peut-être la question la plus importante :
Dans la vie que je mène aujourd’hui, quelle part me ressemble véritablement ?
Pour rester avec ce type de questions, nous avons parfois besoin de prendre un peu de distance avec les stimulations extérieures et les voix des autres.
C’est pourquoi le voyage intérieur peut parfois s’accompagner de périodes de solitude.
Mais être seul n’est pas le but.
Il s’agit de créer suffisamment de calme pour pouvoir revenir à soi.
Nous nous éloignons progressivement de nous-mêmes
Lorsque nous sommes très jeunes, nous avons tendance à nous exprimer relativement librement.
Nous pleurons lorsque nous sommes malheureux.
Nous allons spontanément vers ce qui nous intéresse. Nous refusons ce que nous n’aimons pas.
Nous rions sans retenue et pouvons être complètement absorbés par quelque chose sans nous demander si cela est utile, impressionnant ou socialement acceptable.
Puis nous grandissons.
Nous apprenons ce que nous « devrions » ou « ne devrions pas » faire.
La famille, l’éducation, les amitiés, la culture, le travail, les médias et la société qui nous entoure contribuent tous à nous façonner.
Cela aussi est nécessaire.
Apprendre à faire partie d’une communauté et à vivre avec les autres fait partie de l’expérience humaine.
Et les expériences positives comme les expériences difficiles participent inévitablement à ce que nous devenons.
Mais en chemin, nous pouvons aussi accumuler des blessures, des attentes, des peurs et des habitudes.
Des émotions que nous avons appris à ne pas exprimer.
Des besoins qui n’ont jamais été satisfaits.
Un potentiel qui n’a jamais été développé.
Des rêves et des désirs que nous avons peu à peu oubliés.
Des parties de nous-mêmes que nous avons appris à rejeter parce que nous pensions qu’elles n’étaient pas acceptables.
Certaines de ces choses peuvent continuer à influencer notre vie depuis des endroits dont nous avons à peine conscience.
Elles peuvent influencer les relations que nous choisissons.
Le travail que nous faisons.
La manière dont nous traitons notre corps.
Ce vers quoi nous nous tournons pour trouver du réconfort ou de la satisfaction.
Et même les possibilités que nous nous autorisons à imaginer.
Alors, de temps en temps, il peut être intéressant de nous demander :
Quelle part de moi ai-je oubliée, réprimée ou ignorée — et remplacée par la personne que je pensais devoir être ?
Retirer ce qui ne nous appartient pas vraiment
Cela me ramène à l’image du Métal.
Peut-être que se retrouver ne consiste pas toujours à construire une nouvelle identité.
Peut-être s’agit-il parfois de retirer progressivement ce que nous avons accumulé et qui ne correspond plus réellement à ce que nous sommes.
Nous pouvons commencer à regarder notre vie avec calme et attention.
Ai-je choisi cette carrière parce que je la désirais réellement ?
Ou parce qu’elle semblait respectable aux yeux des autres, qu’elle offrait une sécurité financière, ou simplement parce qu’elle paraissait être le choix le plus raisonnable ?
Est-ce que je choisis ma façon de m’habiller ou de modifier mon apparence parce que cela me plaît réellement ?
Ou parce que je recherche l’approbation et l’acceptation d’un certain groupe ?
Les habitudes que je continue à suivre me conviennent-elles encore aujourd’hui ?
Ou est-ce que je les répète inconsciemment simplement parce que ma famille a toujours vécu ainsi ?
Cette décision vient-elle réellement de mes propres valeurs ?
Ou de la peur de décevoir quelqu’un ?
Bien sûr, être influencé par les autres n’est pas en soi quelque chose de négatif.
Nous sommes des êtres relationnels.
Personne ne grandit sans être influencé par les personnes qui l’entourent.
La question est plutôt de savoir si, parmi toutes ces autres voix, nous pouvons encore entendre la nôtre.
Et lorsque nous sommes constamment entourés d’informations, de stimulations, d’attentes et d’opinions, cette voix peut devenir très difficile à entendre.
Parfois, nous avons donc besoin de ramener notre attention du monde extérieur vers notre monde intérieur.
Parfois, la guérison nécessite un voyage intérieur
Bien sûr, la guérison demande parfois des actions concrètes.
Arrêter de fumer.
Modifier notre alimentation.
Bouger notre corps différemment.
Quitter un environnement qui ne nous convient plus.
Changer de travail.
Rechercher un traitement ou un accompagnement adapté.
Poser des limites.
Prendre de la distance avec une relation qui nous fait du mal.
Il existe des moments où nous devons agir sur notre environnement et apporter de véritables changements à nos circonstances.
Mais agir n’est pas la seule forme de changement.
Il existe aussi des moments où, plutôt que de chercher encore quelque chose à faire, nous avons besoin de suffisamment d’espace pour remarquer ce qui se passe déjà à l’intérieur de nous.
Du temps pour réfléchir.
Du temps pour ressentir les émotions que nous avons évitées.
Du temps pour vivre notre chagrin.
Du temps pour écouter les sensations de notre corps.
Du temps pour reconnaître ce dont nous n’avons plus besoin.
Et du temps pour découvrir ce que nous pourrions désirer à la place.
C’est cela que j’appelle le voyage intérieur.
Parfois, cela peut demander de nous éloigner un peu de la foule et des stimulations extérieures, et de passer du temps seuls.
Mais il ne s’agit pas de fuir la vie.
Il ne s’agit pas de rejeter nos relations avec les autres.
Et cela ne signifie certainement pas que nous devrions tout traverser seuls.
Il s’agit plutôt de permettre à l’attention, habituellement tournée vers l’extérieur, de revenir temporairement vers nous-mêmes.
Les autres peuvent énormément nous soutenir.
Un ami, un partenaire, un praticien, un thérapeute ou un enseignant peut parfois remarquer quelque chose que nous ne voyons pas nous-mêmes.
Ils peuvent nous apporter un accompagnement, des connaissances, un autre point de vue, ou simplement leur présence.
Mais personne ne peut entièrement faire ce voyage intérieur à notre place.
Il existe finalement certaines questions auxquelles nous devons nous confronter nous-mêmes.
Et peut-être que certaines réponses ne peuvent être trouvées qu’en nous.
Vers l’extérieur, puis vers l’intérieur
Il ne s’agit donc pas vraiment de savoir si le lien avec les autres ou la solitude est plus important.
Il s’agit du voyage vers l’extérieur et du voyage vers l’intérieur.
Il y a des moments pour aller vers les autres, vers la société, l’activité et l’expérience.
Et il y a des moments pour revenir, dans le calme, vers nous-mêmes.
À travers l’un, nous nous découvrons dans notre relation aux autres.
À travers l’autre, nous apaisons certaines des voix venues de l’extérieur pour rencontrer ce qui se trouve en nous.
Comme le jour et la nuit.
L’activité et le repos.
L’expansion et le retour vers l’intérieur.
La vie contient ces deux mouvements.
Et pendant les périodes de perte, de transition ou de guérison, il arrive que la vie nous ramène naturellement vers l’intérieur.
Ce n’est pas toujours confortable.
Il peut y avoir de la tristesse.
Nous pouvons rencontrer des choses que nous préférerions ne pas voir, ou des émotions que nous préférerions ne pas ressentir.
Mais sous les différentes couches de ce dont nous n’avons plus besoin — et peut-être de ce qui ne nous a jamais vraiment appartenu — nous pouvons parfois redécouvrir quelque chose de précieux.
Non pas en devenant une personne entièrement nouvelle.
Mais en revenant vers cette part de nous-mêmes qui était là depuis toujours.
C’est peut-être cela, le voyage intérieur.
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